Vendredi 9 avril 2010 5 09 /04 /Avr /2010 21:24

"On ne se soucie pas du bonheur et de l'épanouissement quand on a le ventre vide. C'est une chose à ne pas oublier. A vivre parmi cette invraisemblable abondance, on se perd. On se préoccupe de bêtises comme la spiritualité, l'équilibre intérieur, la plénitude, les rapports à autrui. On n'imagine pas un instant la chance qu'on a. On imagine pas ce que c'est que de creuver de faim, d'être réduit à l'état de squelette, de rester là bras ballants pendant que quelqu'un qu'on aime, quelqu'un de jeune et qui jusque là était en bonne santé, s'éteind tout doucement, et que tout au fond de soi, au fond de ses tripes, on se réjouit presque car, au lieu de la bouchée de pain quotidienne, on aura droit à une bouchée et demie. Quiconque croit qu'on est autre chose que des animaux est naïf. Tous les humains sont des sauvages." Extrait du roman "Dans les bois" d'Harlan Coben

 

 

 

Au mois de février j'ai déménagé avec mon copain dans un appartement, situé dans la périphérie de São Paulo, à Brasilândia, en face d'une des plus grandes favelas. La vue la nuit était surprenante, du dernier étage nous pouvions voir toutes les petites maisons allumées comme un ciel étoilé, nous passions dailleurs des heures le soir à contempler l'ensemble de la favela. Mais derrière ce spectacle se cachait une réalité beaucoup plus sinistre: la pauvreté et la violence étaient présentes à tous les coins de rue, comme je ne verrai jamais à Bordeaux ni même en France. Laissez-moi vous donnez un aperçu...

 

Un apres-midi comme un autre, nous sommes allés faire quelques courses dans un supermarché, quand deux agents de sécurité ont emmené un garçon dans le SAS juste à côté de nous... pour le frapper sans relâche. Un petit voleur nous ont-ils dit! Car ils n'appellent pas la police au Brésil, chacun fait sa loi. Mais ce qui m'a le plus choqué a été une histoire qu'Antonio m'a raconté en rentrant du travail, révolté. Un papi d'une 60ène d'années avait quelques minutes avant essayé de toucher une jeune fille à coté de lui dans le bus, avant qu'il ne sorte un couteau pour lui faire une marque sur la gorge. Tous les spectateurs n'ont pas perdu une seconde pour sortir l'homme du bus et le frapper à mort au sol, devant les enfants. Bien entendu cela n'arrive pas tous les jours, mais c'est un fait qu'il ne faut pas oublier.

 

favela-Brasilandia.jpg

 

Je vois maintenant les choses différemment, je me réveille tous les matins à Bordeaux en me disant que j'ai la chance d'avoir une vie paisible, que de faire 1h de tramway tous les matins n'est que du luxe, pouvoir faire des études est un privilège que la majorité des brésiliens n'ont pas... et j'en passe.

Par Marine Voiturier
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